Back to texts

 

Le « BIG SCANNING » de Nathalie Regard au Forum Universel des Cultures de Monterrey
Marc Sagaert

 

Après Barcelone et avant Valparaiso, c’est à Monterrey que s’est déroulé le deuxième Forum universel des cultures.

 

Malgré quelques vicissitudes –  changements de direction en cours de programmation - la manifestation affichait au moment de sa clôture  en décembre dernier des résultats positifs : 77 pays invités, une fréquentation de plus de 4 millions de personnes pour un millier de rencontres et d’activités culturelles.

 

Les 40 hectares du  Parc Fundidora, une ancienne friche industrielle de hauts fourneaux , hangars et autres bâtiments de briques rouges joliment réhabilités pour l’occasion a servi d’écrin aux différentes manifestations du forum également présentées dans plusieurs autres lieux culturels de la ville - auditoriums, galeries, et musées en particulier- autour des thématiques centrales de la paix, de la diversité culturelle, du développement durable et de la connaissance.

 

La présence pour la première fois au Mexique de l’ensemble intercontemporain [1] ovationné par le public et salué par la presse , sous la baguette de Susanna Mälkki, au mieux de sa forme, a été sans nul doute un des moments forts de la participation française au Forum.

 

Très remarquée également le travail de la plasticienne  Nathalie Regard qui  dans le cadre de l’exposition collective : « débuts d’incertitude » réalisée par le critique et muséographe Fernando Delmar  avec la collaboration du Centro de las Artes  (CONARTE), questionne  avec son œuvre  « Big scanning [2] » le temps, la mémoire et le réel .

 

Partant d’une photographie digitale, l’artiste s’offre le loisir de réviser de  manière « systématique, détachée et contemplative » les 250 .000 variations d’un même pixel, à savoir de tenter de traduire intégralement sur la toile le vide sidéral en demi teinte de ses architectures industrielles. Un an de travail pour réaliser point par point et pièce à pièce dans l’espace restreint de l’atelier tout un monde fragmenté en petit carré ; ce qui deviendra « void » une huile sur toile de 5 m X 8 , l’ici et maintenant d’une lutte infinie entre l’ordre et le chaos, la transformation à la fois minutieuse et aléatoire d’une image virtuelle en installation monumentale . Pour traduire « le passé, le présent et le futur en continuité », l’artiste associe différents langages visuels et les confronte  dans une relation plurielle et critique.

 

On reste fasciné par la beauté plastique et la force de ce no mens land de la symétrie, par le graphisme en fuite de cette non image (ni début ni fin), que l’œil du spectateur peut s’amuser à déplacer et à recomposer à sa guise, ad libitum, en déambulant devant la toile ou en feuilletant et déplaçant les 350 pages d’un ouvrage édité à quelques centaines d’exemplaires et qui reprend au format réel les différentes pièces de l’œuvre, devenant ainsi le co-auteur de ce livre sans texte.

 

Mais Big scanning  c’est aussi « double vide », les états d’âme et de composition de l’artiste captés par une webcam..

 

Ainsi, du pointillisme des origines aux frontières des technologies nouvelles, Nathalie Regard déroule le cycle de ses créations qu’elle livre en pâture aux temps et à ses contretemps, à l’alphabet de ses grammaires, aux mouvements de ses vibrations.
                       
                                                                                                             Marc Sagaert

 

 

  1. [1] Grâce au soutien de Culturesfrance et du service culturel de l’ambassade de France au Mexique.
  2. [2] Exposition présentée jusqu’au 12 février 2008.

Nathalie Regard