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1< 250'000: Description du projet

 

 

 

 

 

Introduction > Objectif du projet

 

Une peinture faite en 2005, intitulée Void, est à l’origine du projet. Réalisée d’après une image numérique, elle reproduit, sous la forme de petits carrés déterminés par une grille, l’équivalent des unités colorés qui structurent l’image numérique : les pixels. Le pixel est la plus petite unité lue par un scanner et affichée à l’écran La démarche a consisté à partir de cette infime information visuelle pour recomposer intégralement un espace identifiable, avec sa perspective, ses volumes.
Les ruptures d’échelles qui m’ont mené successivement de la prise d’une photo représentant un immense espace industriel à sa reproduction en une peinture monumentale de 480 x 800 cm m’ont paru soulever des questions essentielles touchant à la nature de l’image numérique, à la manière dont celle-ci est structurée par une infinité d’informations colorées. L’autre donnée essentielle consistait à tenter avec ce tableau une expérience perceptive basée sur ces données abstraites de couleurs à partir desquelles la vision s’organise.

Ce travail de reproduction picturale d’une image numérique a pris plus de 1 an, durant lequel j’ai pris conscience que cette expérience sensorielle était finalement tout aussi intéressante que l’objet fini. Partant de ce constat, j’ai eu l’idée de reproduire, sous la forme d’un livre de 30 x 35 cm et comportant 400 pages, l’intégralité de la peinture à échelle 1.

Après être revenue plus en détail sur la démarche picturale particulière menée avec la réalisation de Void


Processus créatif de la peinture > paragraphes 1.1 et 1.2

 

j’expliquerai en quoi le livre :

1  -récapitule la démarche picturale, l’expérience perceptive, basée sur des données abstraites de couleur


aspect conceptuel du projet > paragraphes 2.1 et 2.2

 

2  -Invente une relation spectateur/œuvre dans laquelle le spectateur n’est plus seulement un contemplateur passif mais participe à la dynamique de création et de diffusion de l’œuvre


aspect didactique/ interactif du projet > paragraphe 3

 

3  -permet à l’oeuvre de circuler en dehors des circuits institutionnels en lui donnant une mobilité ( diffusion, réception par le public)


aspects relatifs aux conditions de réception de l’œuvre > paragraphe 3.1

 

La quatrième partie sera consacrée à la description technique du projet

 

1- VOID - peinture à l’huile, 480 X 800 cm (en 10 toiles de 240 X160 cm), 2005

L’idée a pour point de départ une peinture monumentale, de 480 x 800 cm que j’ai réalisée en 2004-2005, intitulée Void. Celle-ci a été faite à partir d’une photographie numérique que j’ai trouve d’un espace industriel désaffecté. À l’aide d’une grille métallique posée sur la toile, j’ai organisé la surface selon un principe semblable à celui des pixels, propre à l’image numérique prise pour modèle. L’idée était de conserver dans la transposition picturale de la photo “ce que les yeux de l’artiste ont pu voir au moment de la création du tableau”, de reproduire picturalement ces informations colorés que sont les pixels.


En choisissant de subdiviser cette immense surface en 10 toiles distinctes de 240 X 160 cm chacune, j’apportais une première réponse à la question pratique de son transport. J’ajouterai que cette question est certainement liée en partie au fait que je me déplace moi-même beaucoup depuis plusieurs années en nombre de pays différents.
Cette peinture représente un espace industriel dont la perspective placée au centre de la composition structure l'espace en quatre parties plus ou moins symétriques. Elle propose au spectateur une expérience immersive, d’autant plus forte que cet espace immense et vide ne contient aucune présence humaine.

 

1. 1 Une organisation de l’espace par la couleur

 

Le pixel est la plus petite unité lue par un scanner et affichée à l’écran. Partant de cette infime information visuelle, j’ai recompose un espace identifiable, avec sa perspective, ses volumes.


Pour mettre en place cet équivalent pictural d’une écriture numérique, j’ai travaillé à partir des cinq couleurs primaires cherchant par leur combinaison à créer des valeurs justes, pour faire fonctionner le jeu des contrastes simultanés et faire tenir l’ensemble. Cette expérience du regard rejoint celle du Panton, ce nuancier exhaustif permettant de mesurer les écarts de valeur entre une couleur et une autre.


Une couleur prise séparément est une abstraction. On voit toujours une couleur par rapport à une autre. C’est justement cette labilité de la couleur, son expérience infiniment relative qu’il m’intéressait d’étudier. En revenant à la plus petite unité de couleur constitutive de la photographie numérique, j’ai voulu aller à rebours d’une perception déjà organisée pour revenir à ce moment dynamique où toutes les couleurs se mettent en place, où les informations visuelles s’organisent.

 

1.2 Une démarche à la fois intuitive et conceptuelle

 

Ce processus de création à la fois intuitif et rationnel, son temps de réalisation extrêmement long font de cette création une expérience sensorielle que j’ai finalement trouvé aussi intéressante que l’objet fini.


Partant de ce constat, j’ai pensé qu’il serait intéressant d’insister sur le caractère expérimental de cette création, basée sur une rupture d’échelle par laquelle je suis parti de l’unité du « pixel » pour recomposer l’image dans son intégralité. Cet espace énorme que je recomposais jour après jour était impossible à voir dans le cadre du petit atelier où il a été peint. Ceci a rendu le recul difficile, et il m’a été impossible de visionner l’image dans son ensemble avant son accrochage à Tramway a Glasgow. Durant toute la mise en place du tableau, je ne suis donc jamais allé au delà du pixel. On peut dire que ce tableau a été peint à l’aveuglette.

 

2 –Aspect conceptuel du livre

 

2.1 Le livre, restitution d’une expérience perceptive basée sur les couleurs 

 

En réalisant ce livre, version imprimée de la peinture en 250.000 carrées colorés, je souligne l’intérêt qu’à pour moi cette conception joueuse de la peinture à travers la perception des couleurs et propose une approche de l'oeuvre prenant la forme d’une expérience sensible.

 

La création de ce livre permettrait justement de transmettre au spectateur cette expérience de la vision, enjeu essentiel de la création de ce tableau. Le livre dévoile au spectateur une dimension supplémentaire de l’image. Il récapitule sur un mode à la fois ludique et didactique une recherche plastique basé la matérialisation d’espaces de couleurs, équivalents picturaux du pixel, et dévoile ces unités abstraites qui sont constitutives de la vue d’ensemble.

 

2.2 Un livre structuré comme un Atlas

 

Une fois imprimée dans le livre, la peinture prendra donc la forme en plans colorés contenant des carreaux de tonalités différentes. Afin que le spectateur puisse  se repérer à l’intérieur de cette fragmentation, plusieurs principes seront mis en place.

 

  1. la peinture sera fractionnée en suivant un sens de lecture classique. On partira d’en haut à gauche de la peinture pour la balayer jusqu’en bas à droite.

 

B-   Une lettre et un numéro seront inscrits en haut des pages qui permettront au spectateur de se reporter à l’architecture d’ensemble de l’image qui sera reproduite en fin d’ouvrage. Le spectateur puisse se repérer facilement dans  les différentes parties de l’image. Selon un procédé similaire à l’atlas, des repères lui permettront de naviguer efficacement entre le tout et les parties. En ce sens, ce livre peut s’assimiler à une sorte d’Atlas de la peinture. Il permet une circulation inédite à l’intérieur des informations colorées et abstraites qui la constituent.

 

3 –Aspect interactif et didactique du livre

 

Ce livre souhaite proposer une alternative aux traditionnels procédés de reproduction que sont le catalogue d’exposition ou le poster d’une œuvre. La différence réside dans le fait que spectateur prolonge sa rencontre avec l’œuvre en la vivant non plus seulement sur un mode contemplatif mais également actif.

 

Une fois réorganisée en 400 sections de 35 x 30 cm chacun, la surface de l’oeuvre se brise, qui rend chaotique la relation entre le motif et le fond. Cet effet de décomposition plonge le spectateur dans l’interpénétration de simples tâches colorées, investissant l’image d’une qualité critique ou d’un pouvoir de fascination.

 

Les pages du livre seront prédécoupées afin que le propriétaire puisse les détacher aisément et reconstruire l’image où bon lui semble : chez lui, dans un jardin ou dans la rue. En donnant au propriétaire du livre la possibilité de reconstruire par lui-même l’image et de l’afficher où bon lui semble, je fais valoir cette conception dynamique de la perception, par laquelle chaque individu se réapproprie la construction d’un espace. Cette reconstruction de l’œuvre à laquelle le propriétaire du livre prend part renforce également l’expérience immersive qui lui est proposée. Une fois recomposé, le tableau offre au regardeur une architecture immense et vide, dont la perspective profonde contribue à donner une sensation quasi physique de l’espace. Cette expérience immersive est provoquée d’une part par les dimensions de la toile, mais aussi par le fait que ne s’y trouve aucune présence humaine.

 

3.1 Une œuvre qui voyage avec le spectateur

 

Cette œuvre-livre permet également d’organiser des évènements éphémères. Du fait de sa monumentalité et de son caractère architectural, il serait intéressant de la voir afficher dans des lieux suffisamment grands afin d’avoir le recul nécessaire pour la voir et faire opérer son caractère trompe-l’œil. De loin, la peinture peut être prise pour une photographie et c’est en s’approchant qu’on s’aperçoit de sa facture picturale. Cette ambiguïté est aussi un aspect qui me paraît intéressant. Idéalement, je souhaiterais montrer mes œuvres dans des lieux comme les aéroports ou les gares, dans le climat d’euphorie et d’énergie spécifiques à ce genre d’endroits, la déambulation des individus serait propice à la perception de l’énergie de mes toiles.

 

En faisant tenir cette peinture monumentale dans un livre, c’est aussi cette facilité de circulation de l’œuvre que je recherche. Il s’agit d’inverser le processus classique où les gens se déplacent pour aller voir l’œuvre dans un musée. Ici, c’est l’œuvre qui vient vers eux, en s’affichant dans des espaces de circulation, au cœur de la ville, sur des palissades ou dans des gares. Sa reproduction en un livre en rend le transport facile. Elle s’adapte à une errance dans la ville, on peut prendre le temps de parcourir la ville avec le livre, à la recherche d’un endroit pour exposer son contenu. Il est plus facile avec une œuvre facilement transportable de lui inventer de nouvelles occasions, de nouvelles conditions de visibilité. Finalement, le tableau profite de la circulation et des idées de son propriétaire. Ses apparitions peuvent ainsi se démultiplier dans la ville et interagir de manière différente dans l’espace qui l’environne. En reproduisant cette œuvre sous la forme d’un livre, il s’agit également de lui inventer une existence dynamique, une vie en dehors des musées et lieux consacrés à l’art.

 

4 – Description technique du projet

 

Le projet soulève un problème intéressant en ce qui concerne la photographie et la reproduction d'une oeuvre de très grand format.


Techniquement, il y a deux moments importants : la photographie de l’oeuvre et sa reproduction imprimée.


Pour la photographie, il est nécessaire de prendre en compte les déformations de l'image dues à la perspective. Il est impossible de photographier l'oeuvre en une fois, sans faire d’énormes déformations (avec un grand angle, par exemple). Bien que la correction de ces déformations soit techniquement possible, la qualité de l'image se dégrade à mesure que l'on s'éloigne du centre de l'image. On choisira donc de photographier l'oeuvre par petits morceaux. Chaque morceau sera photographié avec une lentille de 50mm, ce qui permettra de réduire considérablement les déformations.


On définira au préalable une grille permettant de contrôler que chaque morceau est photographié à une distance égale, après avoir évalué quelle densité de nœuds de la grille permet un bon rendu de l'oeuvre totale sans avoir un nombre trop important de photos individuelles. La reproduction de l'oeuvre sera la synthèse de toutes ces photos individuelles en une seule image reconstruite par ordinateur.

 

Après la numérisation des images (si le format n'est pas directement numérique), un script sera réalisé préalablement qui permettra de replacer toutes les images dans leur position.
Une compensation des déformations par ordinateur est aussi envisageable (des algorithmes de déformation ont été fait qui sont disponibles sur Internet par l'Inria entre autres). L'image sera ensuite re-divisée dans le format du livre, et transformée en PDF. Les designers travailleront à la mise en page du livre sur la base de ces traitements semi-automatiques.

 

Les nouvelles versions de Photoshop permettent d’écrire des java scripts pour commander des séries complexes de traitements. Si Photoshop s’avère insuffisant, nous pourrons développer nos propres algorithmes en C et Objective-C. La bibliothèque Cocoa de Apple permet des manipulations complexes d'images d'une façon simple. Le logiciel Image J du NHS américain contient une collection importante d'algorithmes de traitement d'images en open source.

 

Conclusion:

 

Ce livre constitue une étape décisive dans les recherches que je mène depuis plusieurs années.
L’échelle monumentale, toujours présente dans mes tableaux a pour objectif de renforcer l’impact de la peinture sur le spectateur, de l’interpeller physiquement. Par leur taille, je sollicite non plus seulement le regard du spectateur mais son corps entier.


Mais cette monumentalité des tableaux qui fait leur force fait également leur faiblesse. Leur monstration soulève de multiples contraintes : difficulté de manipulation, besoin de grands espaces pour exister etc.


Cet objet-livre a pour objectif de donner plus d’autonomie au tableau en contournant la lourdeur inhérente a la grandeur du format, tout en conservant la puissance d’impact du tableau original.

 

Il ne s’agit en fait pas d’une reproduction mais plutôt d’une re-presentation. Le tableau sous forme de livre engage de nouveau physiquement le spectateur en le faisant entrer de plein pied dans son experimentation sensible. En ce sens, ce mode de représentation n’enlève rien à la peinture, elle est au contraire son affirmation. Le travail minutieux de la matière est visible.

 

Il va de soit que ce projet est impossible sans une perte au moment de la reproduction photographique. Le défi consiste à minimiser cette perte en ayant recourt aux compétences d’une équipe de professionels de l’image. La reproduction automatique de l’image par un système n’est pas suffisante et demande un travail complémentaire de retouche.

 

Le caractère à la fois conceptuel et expérimental du projet exige de pouvoir être realisé dans les meilleurs conditions de travail possible afin d’être à la hauteur de ses objectifs. Ce projet ambitieux necéssite donc un appui financier important et je pense que votre structure pourrait être intéressée par ce projet. L’impression du livre n’est bien sûr possible qu’après réalisation satisfaisante du prototype et c’est à ce moment précis que je souhaite solliciter votre aide.


En ce qui concerne l’impression du livre (en 500 exemplaires), des conversations sont avancées auprès d’entreprises privées. Mais ceci est impossible sans avoir realisé au préalable un prototype satisfaisant. Cette étape requiert tout un processus de travail, techniquement pointu. J’estime pour cela que vous êtes la structure adéquate pour soutenir une initiative de ce genre.